Press ESC to close

Biographie HumaineBiographie Humaine La Biographie Humaine est une méthode d’introspection développée depuis plus de 40 ans par l’autrice argentine Laura Gutman.

« L’amour, le centre de notre vie » article de Laura Gutman

TRADUCTION DE L’ESPAGNOL par Lauréline Fontaine

ARTICLE de LAURA GUTMAN en langue originale sur https://lauragutman.com.ar/

Les êtres humains naissent aimants. Aucun enfant ne naît mauvais, despote, violent, égoïste, pervers, tyran, avare, ingrat ni misérable.

Non.

Tous les enfants naissent avec une capacité exquise d’aimer.

Mais nous naissons aussi immatures, c’est-à-dire « inachevés ». Cette immaturité nous oblige à la dépendance, aussi bien physique que émotionnelle. Pour survivre, nous avons besoin que quelqu’un — en principe notre mère — soit en fusion émotionnelle subtile avec nous, afin de pouvoir percevoir au millimètre près chaque besoin — aussi invisible soit-il pour les autres adultes — et nous satisfaire.

Le confort que nous procure la réponse intuitive et immédiate de notre mère, nous les enfants le vivons avec plaisir, et nous l’interprétons comme : « je me sens aimé ». En revanche, lorsque nous manifestons un besoin — aussi minime soit-il, par exemple l’urgence d’être en contact corporel, l’urgence de nous sentir en sécurité, l’urgence de recevoir des caresses quand la digestion fait mal, l’urgence de nous sentir « sentis » — mais que maman ne répond pas parce qu’elle n’est pas en fusion émotionnelle avec nous et « ne nous sent pas », cela signifie que nous sommes hors de notre zone de confort. Ce manque de plaisir, nous l’interprétons comme un « manque d’amour ».

Selon le dessein originel du petit mammifère humain, c’est un véritable désastre écologique. Pourquoi ? Parce que nous sommes venus au monde pour déployer notre capacité d’aimer. Or cette capacité, nous ne pourrons pas la déployer à l’âge adulte si nous n’avons pas d’abord été aimés, sécurisés, réconfortés, pris en charge, respectés et compris… par un autre. Ce niveau de confort, nous ne pouvons pas le résoudre par nos propres moyens car — comme je l’ai souligné — nous naissons immatures. Nous avons besoin que maman s’en charge. Si maman ne s’en occupe pas, alors au lieu de nous apaiser dans l’amour, nous allons déployer des mécanismes de survie — qui constituent l’instinct primordial. Nous ferons n’importe quoi pour survivre. Et cette lutte pour la survie laissera de côté tout ce qui touche au plaisir et à la joie.

Pourquoi notre mère n’a-t-elle pas pu satisfaire chaque besoin au millimètre près que nous manifestions étant enfants ?

Parce que maman a eu une enfance de détresse et de solitude — au bas mot— et qu’elle aussi a utilisé des mécanismes de survie quand elle était petite. Et dans cet élan pour survivre, elle a progressivement coupé les liens avec son propre monde intérieur, pour ne pas souffrir. Car la grand-mère maternelle a eu une vie encore plus difficile, l’arrière-grand-mère encore davantage, et ainsi de suite, dans une chaîne transgénérationnelle de domination, de luttes, de guerres, de conquêtes et de blessés de toutes parts.

Cela signifie-t-il que si nous avons eu une enfance éloignée de cet idéal, nous sommes condamnés à perpétuer le manque d’amour dans le monde ?

Non.

Mais il sera nécessaire d’agir à contre-courant.

Laura Gutman