
TRADUCTION DE L’ESPAGNOL par Lauréline Fontaine
ARTICLE de LAURA GUTMAN en langue originale sur https://lauragutman.com.ar/
La plupart d’entre nous fonctionnons encore — sur le plan émotionnel — à partir de l’angle mort de l’enfant blessé que nous avons été. C’est pourquoi j’en appelle à la part la plus mature que nous pouvons trouver en nous, et à notre capacité d’observer, de mettre de l’ordre et d’accepter la réalité affective dont nous sommes issus. Cela pour pouvoir ensuite prendre des décisions qui nous rapprochent de ce que l’être humain est à l’origine, et contribuer ainsi à revenir vers une civilisation plus douce, plus aimante, plus altruiste et plus respectueuse du vivant.
Au fil des années, j’ai développé une approche que j’ai appelée la biographie humaine — déjà présentée dans d’autres textes — qui propose une feuille de route pour déblayer les interprétations et opinions accumulées, et nous permettre d’aborder la réalité telle qu’elle est vraiment, sans jugements de valeur, toujours depuis le regard de l’enfant que nous avons été. Face à tant de culture, de langage, d’idéologies philosophiques et psychologiques qui ont envahi notre compréhension intellectuelle, j’essaie de faire le vide et d’observer les êtres humains tels qu’ils arrivent au monde. Je compare simplement la réalité quotidienne avec ce que nous sommes à l’origine. Les adultes se sont déjà adaptés — l’enfance, elle, est cette période où l’on tente de toutes ses forces d’être qui l’on est… jusqu’à ce que les adultes finissent par nous faire taire.
Par où commencer — l’œuf ou la poule ? Je propose de commencer par la poule, c’est-à-dire par nous, les mères. Pourquoi ? Parce que l’œuf, c’est le nouveau-né, qui dépend entièrement de nos ressources et de notre capacité à entrer en fusion émotionnelle avec lui, de façon intuitive, en le recevant tel qu’il est. Et surtout, à lui faire confiance. Car si nous portons honnêtement les mains au cœur, nous reconnaîtrons que toutes les mères sentent leur enfant — cette fusion émotionnelle fait partie de ce que nous sommes en tant que femme qui vient de donner naissance. C’est d’ailleurs pour cela que nous croyons toutes devenir folles durant le post-partum : l’intensité émotionnelle que nous partageons avec notre enfant est réelle et profonde. Nous sentons vraiment ce que vit notre enfant. Le problème, c’est que nous ne faisons pas confiance à ce que nous ressentons. Et pire encore, nous minimisons ce que l’enfant — à sa façon — cherche à nous dire.
C’est pourquoi je suis convaincue qu’il est indispensable que nous, les femmes devenues mères, prenions notre part de responsabilité dans le devenir de l’humanité. Car c’est seulement en nous consacrant pleinement à l’équilibre et à l’épanouissement de chaque petit être qui arrive au monde que nous pourrons revenir au centre de l’amour — et c’est pour cela que nous avons été créées.
Laura Gutman
