
TRADUCTION DE L’ESPAGNOL par Lauréline Fontaine
ARTICLE de LAURA GUTMAN en langue originale sur https://lauragutman.com.ar/
La réaction que chacun de nous peut avoir face à une crise, un événement traumatique, un vol, un incendie, la perte d’un être cher ou une nouvelle extraordinaire, peut varier d’un extrême à l’autre. Personne ne peut la juger comme « bonne » ou « mauvaise », car la « réaction » est une réponse automatique : elle ne passe pas par la raison, mais s’active depuis des lieux insoupçonnés.
Lorsque l’opinion publique « se divise », c’est simplement l’ambivalence à laquelle nous participons tous qui se manifeste « dans la société », face à des thèmes très complexes comme la vie, la mort, les maladies, la médecine, le salut ou les liens affectifs. Nous pouvons nous réfugier dans la religion, dans la science, dans les livres sacrés, dans nos préjugés personnels, dans la culture, dans le bien ou dans le mal pour « avoir raison » et défendre nos convictions ; pourtant, nous continuerons à tourner autour du même problème : nous faisons tous ce que nous pouvons, chargés de nos peurs.
C’est pourquoi, face à la souffrance d’un autre être humain, cela vaut toujours la peine d’accompagner sans donner son avis. Quelle que soit la situation controversée, nous sommes généralement placés devant l’alternative d’opter pour une opinion favorable ou défavorable. Lorsque nous donnons notre avis pour, l’individu se renforce encore davantage dans ses raisons de rester figé dans ses principes. Et si nous donnons un avis contre, il se retranche avec encore plus de désespoir dans ses propres croyances. Autrement dit, nous n’apportons rien de nouveau.
La position la plus mature consiste donc à offrir à la personne souffrante de nouvelles questions — en tenant toujours compte de son point de départ émotionnel. Il s’agit de formuler des questions adressées à cette personne en particulier — qui a des raisons très différentes des nôtres — afin qu’elle puisse se remettre en question, chercher des alternatives, choisir d’autres chemins, s’autoriser à douter ou envisager autrement l’expérience douloureuse. Cette attitude est très différente de celle qui consiste à imposer notre vision du sujet, qu’elle soit semblable ou exactement opposée. Lorsque nous nous posons des questions, nous nous rapprochons ; en revanche, lorsque nous émettons des opinions, nous nous éloignons. Et nous savons tous que lorsque nous traversons des situations douloureuses, la seule chose que nous désirons vraiment est de ne pas rester trop seuls.
Laura Gutman
Article inclus dans Mujeres visibles, madres invisibles
